Sara Sadik - Reiffers Art Initiative

Sara Sadik

La jeune artiste française joue avec les symboles de la culture des banlieues. Elle questionne la représentation de sa culture à travers des référents liés à la musique, à la mode, aux réseaux sociaux ou à la science-fiction.

Khtobtogone (video still)

Sara Sadik, 2021

Eh Mercé

Sara Sadik, 2019

Eh Mercé

Sara Sadik, 2019

Khtobtogone (video still)

Sara Sadik, 2021

Carnalito Full Option (video still)

Sara Sadik, 2020

Allô le bled (performance)

Sara Sadik, 2019

Biographie

Sara Sadik est une jeune artiste française basée à Marseille. En mêlant vidéo,
performance musicale, installation et photographie, sa pratique questionne la représentation de la culture des banlieues, qu’elle-même qualifie de culture “beurcore”, et qu’elle associe à la jeunesse des quartiers populaires
issue de la diaspora maghrébine, souvent exotisée ou méprisée. Son travail en explore les symboles et tente de la documenter à travers des fictions dont elle est souvent l’une des interprètes. L’attention qu’elle porte aux mythologies contemporaines directement liées à cette culture est l’un des fondements majeurs de sa démarche. L'artiste est représentée par la Galerie Crèvecoeur, Paris.

Textes

“L’artiste Sara Sadik s’inspire de Jul et ‘Dragon Ball Z’ pour Numéro art" par Martha Kirszenbaum
— Numéro art, 2019

“L’attention aux mythologies contemporaines de la culture beurcore marque l’un des fondements du travail de Sara Sadik. Le groupe de rap PNL, auquel elle fait explicitement référence dans les titres de ses installations ‘Le Monde Chico ou ‘Que la famille’, la marque de vêtements à bas prix Kalenji dont elle habille les protagonistes de ses films, les logos de l’Olympique de Marseille qu’elle appose sur ses photographies, les poches de jus de fruits Capri-Sun qui lui servent de support pour un filtre Instagram sont autant de référents générationnels convoqués avec une pointe d’ironie. Dans sa vidéo ‘Shour Beauty’ (2018), les Hookheys, fumeurs de chicha aux longs cheveux noirs, sont fascinés par un médicament leur permettant d’intégrer l’élite des Babtoos, communauté de Blancs aux cheveux lisses et dorés. Pour sa performance ‘Allô le bled’, présentée lors du festival Do Disturb au Palais de Tokyo en avril 2019, elle met en scène une armée de fanatiques du rappeur marseillais Jul, dont elle incarne la femme idéale, Tchikita. Sadik se joue des clichés sociétaux en les déconstruisant et les réinjectant dans des récits imaginaires et détournés. Au-delà des stéréotypes sur la banlieue et les populations d’origine maghrébine, elle se plaît à tordre et à refonder les représentations de la masculinité. Dans nombre de ses vidéos, incarnant plusieurs hommes, vêtue d’un maillot de football, portée par une voix grave, elle démantèle l’image du ‘jeune Arabe de cité’.”

“Rester fidèle au sang : sur Sara Sadik” par Félix Boggio Éwanjé-Épée et Stella Magliani-Belkacem
— Diacritik, 2021

“La recherche de Sara Sadik tourne autour d’un premier mot : ‘fragilité’. Fragiles, ses protagonistes, réels et imaginaires, le sont – même s’ils veulent ‘ne rien laisser paraître’ – par leur condition sociale et politique. ‘Mecs de quartiers’, Noirs, Arabes, musulmans, les sujets qui peuplent et nourrissent son travail sont ce qu’on appelait il n’y a pas si longtemps des ‘damnés de la terre’. Des individus maudits par le champ politique, meurtris par le racisme institutionnel, par le chômage et la précarité, maudits pour leur religion, leur culture, leur langue. Cette fragilité est ‘objective’, elle ne dit rien en elle-même sur ce dont parlent les textes et les images de Sara Sadik. L’évoquer est toutefois indispensable pour saisir ce que n’est pas son travail : quand un objet est fragile, on ne veut pas qu’il tombe entre de mauvaises mains. Depuis que le rap et la ‘culture urbaine’ sont partout – dans la mode, la musique, la publicité, le sport, la radio, les réseaux sociaux –, la figure du ‘lascar’, du ‘jeune’ potentiellement producteur et consommateur, devient un objet esthétique de premier ordre pour le monde marchand. Il va de soi que les artistes ne peuvent manquer de voir leurs travaux sollicités et digérés pour mieux conquérir des imaginaires : ou bien flairer la tendance, ou bien la susciter, la produire en même temps qu’elle est en train de naître au cœur des subcultures.”