Portrait de Manon Wertenbroek

Manon Wertenbroek

Dans ses œuvres, cette jeune plasticienne helvético-néerlandaise matérialise systématiquement la peau sans lui donner corps, détachée de son support charnel. Manon Wertenbroek parle sans cesse du corps sans jamais le représenter directement.

Clown

Manon Wertenbroek, 2020

Clown

Manon Wertenbroek, 2020

Self-portrait 3-4

Manon Wertenbroek, 2020

Witch

Manon Wertenbroek, 2020

Witch

Manon Wertenbroek, 2020

Bren pour Luy

Manon Wertenbroek, 2021

Hellequin

Manon Wertenbroek, 2021

Zipper H85

Manon Wertenbroek, 2020

Biographie

Diplômée en photographie, mais artiste aux multiples facettes, cette jeune
plasticienne matérialise systématiquement la peau sans lui donner corps, détachée de son support charnel. Dans sa pratique, Manon Wertenbroek parle sans cesse du corps sans jamais le représenter directement. Pour ce faire, la jeune femme est d’abord passée par la photographie,
où elle fusionnait déjà l’objet, l’être humain et l’environnement durant l’instant fugace de la prise de vue. Sur des cadres, ce sont des cuirs noir ou rouge qui évoquent la peau. Sur une combinaison pendue sur un cintre, celle-ci s’incarne dans une mue en latex couleur chair où l’artiste laisse l’empreinte de sa propre silhouette.

Textes

“L’art organique de Manon Wertenbroek sublime les grands tabous du corps humain” par Matthieu Jacquet
— Numéro art, 2021

“En 1974, le psychanalyste Didier Anzieu formulait pour la première fois le concept du “moi-peau”. Selon cette habile métaphore, la surface palpable de la peau retenant l’intérieur du corps refléterait celle, plus abstraite, du “moi” enveloppant l’appareil psychique : toute atteinte à la peau deviendrait alors une atteinte au moi et au précieux contenu qu’il renferme. Si l’analogie du moi-peau se cantonne à la psychanalyse, Manon Wertenbroek semblerait, cinquante ans après sa théorisation, lui donner forme inconsciemment. Dans ses œuvres, cette jeune plasticienne helvético-néerlandaise matérialise systématiquement la peau sans lui donner corps, détachée de son support charnel. Sur une fermeture à glissière verticale méticuleusement collée au mur et fondue dans sa surface, l’épiderme devient celui de la paroi vierge masquée par le Zip. Sur des cadres quadrillés comme des fenêtres, ce sont des cuirs noir ou rouge qui évoquent la peau, tantôt froissés, tantôt tendus par des pontets en métal qui soulignent leur souplesse. Sur une combinaison pendue sur un cintre, celle-ci s’incarne dans une mue en latex couleur chair où l’artiste laisse l’empreinte de sa propre silhouette, transpercée de chaînes argentées dessinant des losanges comme sur le costume d’Arlequin.”

Passionnée par le carnaval et le rôle libérateur de la fête dans l’Europe médiévale, l’artiste transpose dans ses œuvres des visions taboues, comme des intestins dont les membranes s’étirent et se compressent, à l’image de son cuir rouge. L’un de ses motifs favoris, le bretzel, émerge dans des sculptures à base de pain peint, dont la forme dessine à la fois un visage grimaçant, un ouroboros [figure du serpent qui se mord la queue] et des... excréments. Simultanément attiré par la texture et la préciosité des bretzels, mais rebuté par leur composition immangeable et leur forme fécale, mû par l’excitation quasi érotique du Zip et bloqué par la frustration de ne pouvoir l’ouvrir, le spectateur se trouve alors piégé par leurs paradoxes. Plus cyniques qu’elles n’y paraissent, les œuvres de Manon Wertenbroek s’emparent du rire en l’apportant dans l’espace d’exposition. Ainsi, là où le psychanalyste traverse la membrane psychique de son patient pour découvrir les méandres de sa conscience, l’artiste lève malicieusement le rideau cutané de l’intime pour percer les mystères du soi, révélant avec une grande témérité plastique sa propre vulnérabilité.